Sortie de soirée, les alcools bouillonnants
dans les veines. Tu enfiles ta veste, et après ça, premier réflexe : t’allumer
une cigarette. Comme le dernier rempart à tomber dans ta chute. Ta défense
version Vauban est bien lointaine. Elle s’est fracassée dans la décadence qui
se lit sur tes yeux où a coulé le noir. Ta version de l’obscurité comme un
manteau sur tes blessures : personne ne devra voir ces chagrins. Jamais.
Tu ourles ton regard des plus profondes noirceurs. Personne ne doit pouvoir te
percer à jour, personne ne doit pouvoir te voir. Un pauvre khôl te
sert de protection.
Ils ont dansé avec toi, tous ces
hommes... Ils t’ont saisie par la taille, t’ont fait mille promesses, ont tenté de blasphémer la fidélité de tes lèvres à un absent, les flots
d’alcool inspirant leurs paroles. Tu ne les as pas crus. Tu as bien fait. De tout ce qu'ils racontent, tu ne crois plus rien. Tu fais bien.
Tu es rentrée seule ce soir, et c’est
peut-être bien pire.
Il est quatre heures du matin, tu
titubes seule à la recherche d’une rue qui te ramènerait chez toi.
Le sac serré contre tes hanches, les yeux vides, le visage froissé prêt à se
gonfler de larmes. Il y a de la musique dans tes oreilles, et prodigieusement
toujours celle qui crée un écho à ta situation d’aujourd’hui – une situation triste,
pour tout dire. Tu pleures sous la ville de ces éclats de vérité en notes. Il n’est
plus nuit ni plus matin, c’est l’heure de bulle où tes chagrins sont invisibles
au monde. Laisse-les couler, personne ne peut les voir.
Les lumières dansent en face de
toi. Une belle aura, douce et légère, accueillante comme une odeur estivale. Y
laisseras-tu tes os, ton souffle ? Elles sont si belles, dansantes dans le
précipice des rues, pourquoi ne pas les rejoindre dans cet éclat ? Les
phares des voitures.
Ne bois plus, princesse aux
boucles d’or. Tu n'es pas même si malheureuse, que l'ivresse te donne envie de mourir.

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