mardi 1 mai 2012

Tear You Apart



Sortie de soirée, les alcools bouillonnants dans les veines. Tu enfiles ta veste, et après ça, premier réflexe : t’allumer une cigarette. Comme le dernier rempart à tomber dans ta chute. Ta défense version Vauban est bien lointaine. Elle s’est fracassée dans la décadence qui se lit sur tes yeux où a coulé le noir. Ta version de l’obscurité comme un manteau sur tes blessures : personne ne devra voir ces chagrins. Jamais. Tu ourles ton regard des plus profondes noirceurs. Personne ne doit pouvoir te percer à jour, personne ne doit pouvoir te voir. Un pauvre khôl te sert de protection.
Ils ont dansé avec toi, tous ces hommes... Ils t’ont saisie par la taille, t’ont fait mille promesses, ont tenté de blasphémer la fidélité de tes lèvres à un absent, les flots d’alcool inspirant leurs paroles. Tu ne les as pas crus. Tu as bien fait. De tout ce qu'ils racontent, tu ne crois plus rien. Tu fais bien.
Tu es rentrée seule ce soir, et c’est peut-être bien pire.
Il est quatre heures du matin, tu titubes seule à la recherche d’une rue qui te ramènerait chez toi. Le sac serré contre tes hanches, les yeux vides, le visage froissé prêt à se gonfler de larmes. Il y a de la musique dans tes oreilles, et prodigieusement toujours celle qui crée un écho à ta situation d’aujourd’hui – une situation triste, pour tout dire. Tu pleures sous la ville de ces éclats de vérité en notes. Il n’est plus nuit ni plus matin, c’est l’heure de bulle où tes chagrins sont invisibles au monde. Laisse-les couler, personne ne peut les voir.
Les lumières dansent en face de toi. Une belle aura, douce et légère, accueillante comme une odeur estivale. Y laisseras-tu tes os, ton souffle ? Elles sont si belles, dansantes dans le précipice des rues, pourquoi ne pas les rejoindre dans cet éclat ? Les phares des voitures.
Ne bois plus, princesse aux boucles d’or. Tu n'es pas même si malheureuse, que l'ivresse te donne envie de mourir.

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