Je retrouve mon appartement vide et silencieux après douze jours passés avec toi, la poésie ne viendra pas forcément dans ce billet, juste mes souvenirs, mémoire merveilleuse, des souvenirs qui rushent dans tous les sens dans ma tête et que je veux absolument garder. Te retrouver enfin à Milan, et tu m'embrasses et m'enlaces, enfin réunis après tout ce temps compté, en une seconde j'ai tout retrouvé, tout retrouvé en toi mon amour, la vie insufflée. Une cigarette, un café, un croissant, nos mains liées à nouveau comme pour toujours, et ton cadeau; le livre dont tu m'avais parlé en Août dernier et que je n'avais jamais réussi à trouver. Décoller pour Vienne, atterrir là-bas complètement perdus sous la nuit et le froid, trouver enfin l'appartement à Kunghasse, notre nid d'amour fait de draps frais et plein de promesses. Se perdre avec le métro et le tram les deux premiers jours, toujours passer par Stefansplatz en cas de doute, et toujours amoureux toujours main dans la main, visiter des musées des palaces la bibliothèque et les jardins, avec la romance de son architecture Vienne nous ressemble bien, et dans le Belvedere je reste béate devant la version originale de l'une de mes peintures préférées que je ne m'attendais pas à voir en vrai ici, et ça me remplit de joie. Et ta cuisine le soir, ce goût-là de l'Italie sans parler de tes lèvres m'avait tellement manqué, et le soir aussi je t'embête à vouloir aller fumer en bas alors tu descends avec moi parce qu'il y a un mec louche au rez-de-chaussée et que même si l'appartement est sublime, l'immeuble est une vraie ruine, et tu m'étreins encore, et je t'enlace encore plus fort, et puis un soir je passe aux aveux, enfin presque tous, et on pose enfin des mots sur Nous, des mots doux, des mots vrais. Tu me dis "we have feelings for each other, we have a strong connection on many points of view", tu me dis "of course I think about you in my everyday life", tu n'es pas une parenthèse dans ma vie et je n'en suis pas une dans la tienne, nous sommes réels et bien ensemble, je n'ai pas rêvé tu le perçois aussi, tu dis que pour l'instant ta licence bloque un peu tous les projets, mais que tu avais pensé toi aussi à venir en France. Boire des cafés viennois et faire l'amour encore, et lorsqu'on quitte Vienne pour Bologne se prendre un fou rire à l'aéroport à cause de toi, "how many passengers are there? Strudel!", arriver enfin à Bologne, et ton père vient nous chercher et je parle avec lui en anglais dans la voiture, et quand on arrive chez toi ta mère me serre dans ses bras avec un beau "ciao", et je sais qu'ils m'aiment bien et j'en suis encore plus heureuse, ils savent bien ce qu'il y a entre nous. Et le lendemain rencontrer ton meilleur ami qui est juste génial, et le jour d'après assister avec toi à la graduation party d'une de tes amies, être complètement intégrée à ta vie et à ce groupe, et presque tout comprendre quand tout le monde parle en italien même si je ne peux pas répondre, au moins j'ai compris quand l'une de tes amies t'a posé des questions à propos de moi et que tu as répondu que notre histoire durait plus ou moins depuis 3 ans, toi aussi tu l'as ressenti comme ça, oh comme je t'aime, faire l'amour encore, respirer la vie au creux de ton cou, parcourir le centre de Bologne en scooter accrochée à toi, les beaux jours, aller à Venise et s'embrasser sur chaque pont comme des enfants, la belle Venise qui nous ressemble elle aussi, se rendre à Padova en voiture, s'étendre sur l'herbe au soleil et mourir d'admiration dans la chapelle de Giotto, toujours avoir dans la tête It's such a pretty world today de Nancy Sinatra et la chanter ensemble comme un couple niais, aller chez ton meilleur ami le soir qui a préparé le dîner comme un chef et rire avec lui quand il te dit que c'était tellement la loose parce que tu es végétarien, rencontrer tes autres amis et jouer à Risk, et tous font l'effort de parler anglais parce que je suis là, sauf quand ils balancent des insultes italiennes mais je les comprends et ça me fait sourire, et d'ailleurs quand tu conduis tu le fais aussi et ça me fait fondre. Regarder Fight Club et Léon et jouer au Yathzee dans ta pillow room avec des bonbons, du cidre et de la bière et de la bonne musique, et sourire quand tu me montres que tu as téléchargé le premier best of de Depeche Mode vu la manière dont j'en parlais. Manger une énorme pizza dans le centre de Bologne et être un peu malades le lendemain parce que c'était trop, et tu prends soin de moi et me fais un thé et ça va mieux, et on se lance dans un fou rire à en pleurer quand tu dis que quand tu veux faire quelque chose de classe tu poses ton chandelier avec la bougie dégommée sur la table alors qu'à Vienne on avait vu des chemins de table en or de plus de trente mètres, et tu m'apprends à faire le café avec ta machine et maintenant je le fais toujours, tu expérimentes des trucs en cuisine qui ne tournent pas trop mal, et j'essaye de plus en plus de dire des phrases en italien et on se prend un fou rire de deux jours à nouveau avec mon "voglio un biglietto per andare a Lione" parce que c'est super impoli ni bonjour ni merci ni "vorrei" mais bien "voglio", genre femme-pirate française, on en riait encore hier matin, et on n'arrive pas à se décoller l'un de l'autre même pour aller prendre une douche alors tu me pousses vers la salle de bain, je glisse et je résiste et mon rire d'enfant résonne dans toute la pièce, comme je t'aime, oh comme je t'aime, et finalement tu me portes jusqu'à la chambre et tu me regardes toujours droit dans les yeux mon amour, mon amant. Et j'apprends en live avec toi que je serai leader à nouveau pour le CISV cet été et ça me remplit encore plus de joie que tu sois là pour partager ce beau moment, et je note consciencieusement les noms des chansons italiennes que j'entends avec toi dans la voiture, je veux les garder, je veux garder tous ces souvenirs, que rien ne s'efface, notre histoire mérite un livre, un film, notre histoire comme de l'art. Revoir ton meilleur ami une dernière fois; il me serre dans ses bras pour me dire au revoir. Et notre dernière matinée ensemble s'étreindre aussi fort que nos corps le permettent, parler de nos prochaines retrouvailles, quatre jours en juin, et un road trip en Toscane pour l'été, et tu reviendras aussi à Lyon. Puis il est temps de partir et je me shoote de la réalité, de chaque partie de toi que je peux encore toucher, ce n'est pas encore fini, j'ai encore une heure, trente minutes, dix minutes, tu prends ma main dans la voiture et je t'embrasse au feu rouge, encore un peu de temps, ce n'est pas encore terminé, et je ne dois pas penser à ce moment qu'après nous ne nous reverrons que dans trois mois, encore trois mois à compter, mais pour l'instant je suis encore avec toi. Et puis l'autocar arrive, l'au revoir est si proche, je me réfugie contre toi comme pour ne plus jamais partir et je chuchote un imperceptible je t'aime que tu ne dois pas entendre. Dernière étreinte, dernière caresse dans les cheveux, dernier baiser, nos mains liées se séparent et je monte dans le bus qui m'arrache à nouveau à toi, j'appuie ma tête contre la vitre et nous restons ainsi, à nous regarder dans les yeux, je sens les larmes déjà monter mais je les contiens, ne pas tout ruiner maintenant. Tu m'envoies un dernier baiser et nous nous regardons jusqu'à se perdre de vue dans le chemin du car. Et mes larmes montent immédiatement sans que plus rien ne les retienne, mon coeur pourtant si rempli d'amour comblé se déchire à nouveau, comme à chaque fois, j'ai dû pleurer durant la moitié de ce trajet interminable de 12 heures, j'écoute en boucle Shape of my heart qui passait à la fin de Léon quand j'étais encore dans tes bras, il n'y aura pas un seul au revoir qui ne me fera pas cet effet-là, notre histoire est trop incomparable, et l'attente bien trop longue pour être impassible à nos séparations, je n'abandonnerai pas, je t'aime trop pour ça, je sais qu'on peut le faire, je t'aime quel que soit le mois, la ville, je t'aime toujours, et partout.



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