Je me revois il y a presque un mois, cette nuit du 30 mai, te rejoindre au Comptoir des Vins à 23h, te revoir après deux années passées en silence, dire bonjour à tes amis, fumer une cigarette avec toi, réentendre ta voix dont j'avais oublié le timbre, rester une heure dans ce restaurant à parler de plein de choses, à rire, à connaître ta nouvelle vie. Je nous revois aller au Paddy's à minuit, commander des pintes, je te revois timide, perdu et torturé face à moi lors de cette nouvelle discussion, de ce sujet spécial entre nous qui est tombé sur le tapis, de ta difficulté à construire tes phrases, du flot de pensées qui a dû t'envahir, puis je te revois gêné de m'entendre dire à quel point je t'aimais il y a deux ans. Je te revois prendre ma main, la serrer très fort et l'embrasser, quand j'ai parlé de cette année insupportable à tenter de maintenir à flot ma relation avec un alcoolique. Je te revois me raconter un épisode personnel avec ton père. Je ressens encore toute l'empathie et la sincérité de nos discussions ce soir-là. Je nous revois marcher dans la rue bras dessus bras dessous en riant, et quelqu'un nous lancer "bonne soirée les amoureux !", si seulement il avait su. Je nous revois prendre ta rue, cette rue que j'ai prise tant de soirs, tant de temps auparavant, dont j'avais oublié le nom. Monter chez toi, boire du Martini et continuer à parler, parler. De musique, de concerts, de souvenirs d'avant, d'écriture. Je te réécoute me lire les textes que tu avais écrits, assis sur le canapé avec ma tête sur tes genoux. Ces textes si sublimes, bourrés de talent inexploité. Je me rappelle de ta confiance. Et de ma sérénité à cet instant. Je me rappelle être restée la tête sur tes genoux, et de tes regards, ces regards-là, ponctués de tes caresses dans mes cheveux. Et je me rappelle surtout de ce "tu es belle" que tu as chuchoté, tu ne me l'avais jamais dit encore, jamais de cette manière en tout cas, et j'ai reçu ton premier compliment avec tant de frissons. Je nous revois aller dans ta chambre à quatre heures du matin, nous embrasser à nouveau après tout ce temps passé, j'avais oublié ces baisers-là, à quel point c'était bon de t'embrasser, à quel point tu m'embrasses mieux que tous les autres. Je te réentends me dire "tu es belle", "tu es magnifique", ces mots que je n'avais jamais entendus de ta bouche, ces cadeaux-là. Je ressens encore la délicatesse de tes caresses, et la façon intense que tu avais de me regarder sans arrêt dans les yeux. Pour la toute première fois, tu n'as pas couché avec moi ce soir-là, tu as fait l'amour, tu l'as réinventé même, d'une manière si subtile. Je te réentends me poser cette question tellement inattendue sur nous, sur toi et moi ensemble. Je me revois te répondre oui en tremblant de plaisir, tellement impressionnée par ta question, fût-elle trop insensée pour être réelle, j'en étais convaincue. Je me rappelle m'être endormie dans tes bras, de tes baisers sur mon front, et de notre réveil entrelacés. Je revois ton corps fantasmatique sous la douche, autant de tatouages sur ta peau que j'en ai à l'intérieur, ta beauté m'a coupé le souffle comme toujours, et je ne te l'ai pas dit.
Mais je te connais, je te connais par coeur. Alors je nous revois le lendemain nous quitter dans une bise légère, distante, sans un regard en arrière. Tu es comme ça Jesse. Et je savais que ça allait se passer comme ça, je te connais par coeur. Pourquoi ne sembles-tu amoureux de moi qu'avec de l'alcool dans les veines. Pourquoi ne me veux-tu réellement que dans ces instants-là. Pourquoi agis-tu toujours comme un couple à seulement minuit passées. Si tu cherches vraiment à construire quelque chose de sérieux comme je l'ai découvert, et comme j'ai ressenti dans tes bras cette probable solitude, pourquoi ne vois-tu rien, ou pourquoi ne veux-tu pas voir cette transparence, cette évidence. Qu'y a-t-il en moi qui transforme à tes yeux la vie en une nuit.
Ces deux ans d'absence n'ont rien changé; notre attirance est restée la même, des aimants fusionnels. Nos lèvres et nos corps comme façonnés dans le même moule. Et il n'y a pas de lendemain. Ce qui a changé, c'est nous. Des conversations un peu plus profondes, ta confiance, et ma capacité à ne plus tout t'offrir sur un plateau ni être torturée au matin face à ta distance. Pourtant tu sais je pourrais écrire des poèmes sur toi jusqu'à la fin de mes nuits. J'aurai toujours un frisson en te regardant. L'émotion que tu me procures n'a jamais changé même après tout ce temps; cet état de douce transe. Tu es trop beau pour être vrai, pour être mien, trop pur et trop viril. Et pourtant je sais que je te corresponds. Si tu savais. Si seulement tu le voyais.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire