Même si tout va bien, même si c'est un fait, il s'agit d'une seconde, une seule petite seconde, où tout bascule soudainement, tout s'effondre et s'effrite, une pensée sombre en amenant une autre et la poubelle cérébrale se remplit sans que plus rien ne la retienne, me secouant de sanglots incontrôlables à trois heures du matin, ces pensées partiales et insensées que je n'ai pu découper, aurai-je un jour vraiment ma place ici, et l'hospitalisation, et ça fait deux ans que je ne souffle aucune bougie que personne n'est avec moi le jour J, et Jesse gravé à jamais dans ce corps en douceur ou en sang, et le travail, et Cécile et mes plaies, et l'absence et l'abandon, et ma maladie, ça fait 24 ans que je me bats sans cesse, que je me tue à tout recoudre, il y a toujours quelque chose à recoudre ça n'en finira jamais, et la sensation que j'en ai eu cette nuit, c'est que tous ces points de suture explosaient à même ma peau, par centaines, que c'en était trop, je me suis détestée, j'ai eu envie du Mal, de replonger, pour dans le noir ressentir cette fabuleuse chose que doit être d'enfin tout laisser tomber. Et je ne l'ai pas fait.
Les autres le diront, c'est tout moi. Enchanteurs sont les refrains, dramatiques sont les codas.

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