Y a-t-il des degrés dans le manque ? Le manque est-il mesurable ? J'ai vu ce couple tout à l'heure, se déchirer d'adieux sur le quai de la gare. L'une restait à Lyon et l'autre allait dans la campagne, une gare sans intérêt, là n'est pas mon propos. Le fait est que : cette distance-là leur arrachait du tragique, visible à leurs étreintes. De Lyon à cette gare que j'ai évoquée, il y a 47 minutes de train. Quarante sept minutes. Et ils se séparaient sûrement pour les fêtes, allaient se retrouver dans une semaine. Sept jours. Quarante sept minutes de distance et sept jours d'au revoir. Et ils s'embrassaient bouleversés, des baisers tragiques; ceux du départ. Mon amour, à quel point de tragique en sommes-nous ? A quelle échelle de déchirement ? A quelle dose de patience ? Nous et nos six cent kilomètres, nos actuels quatre-vingt neuf jours d'au revoir. Cette détresse-là est-elle même calculable, comparable ? Cette échéance des retrouvailles est-elle même supportable ? J'ai lu un jour que les baisers les plus sincères et que les étreintes les plus véritables se contemplaient sur les quais des gares, et dans les aéroports. Et ça ne m'a pas surprise. L'attachement le plus dévoué vient de la possibilité des adieux, l'amour le plus pur ne vient que de coeurs qui se brisent à trop s'aimer, se cognent à trop saigner, contre les portes de ces trains, contre les vitres de ces aéroports, les coeurs qui s'empalent contre les adieux. Combien de fois déjà les nôtres se sont-ils embrochés, combien d'au revoirs, combien de temps ? Existe-il une échelle physique pour ce manque-là ? Chaque journée plus lourde que la précédente, et plus légère à la fois, emportant avec elle les semaines, les mois qui me rapprochent de toi; non sans un poids absolu. Toi mon âme soeur, mon amour perdu et retrouvé, mon essentiel, mon nécessaire, mon histoire vraie. Je t'aime à l'infini; tu vois, il n'y a pas d'échelle pour ça non plus.

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