vendredi 27 septembre 2013

Why you keep screaming at the top of your head



Ça fait quelques semaines que je pense à écrire cet article, que personne ne lira. Seulement, se dévoiler la face, accepter de regarder la réalité, cette toile de tableau fracassée, ça prend du temps. Je l'ai pris ce temps, j'en ai pris bien assez, alors la voilà ma réalité : j'ai envie de tout laisser tomber. J'en ai assez, j'en ai par-dessus la tête, de cette bataille incessante, ce combat sempiternel qui ne prendra jamais fin. Et je n'utiliserai aucune poésie pour montrer à quel point c'est difficile, parce que j'en ai marre de romantiser la souffrance, j'en ai assez de cette belle contemplation du chagrin. Le chagrin est laid. La souffrance est moche. Alors j'expose les choses telles qu'elles sont, cette fois. Sans rien poétiser. Je suis à bout de forces, je suis à bout d'armes pour la bataille, j'ai utilisé toutes mes cartouches, toutes mes cartes, tous mes plans de A à Z. J'en ai assez de me battre contre tant de défauts. La voilà, ma réalité : c'est tout à fait possible d'aimer vraiment ce que l'on est intérieurement, en détestant ce qu'on montre extérieurement. Alors comment faire quand on en arrive là. J'en ai assez de tous ces défauts, ça pèse tant sur mes épaules, il y en a bien trop, c'est bien trop de soldats à combattre, c'est moi qui vais perdre. Normalement les gens ont un, deux, trois ou quatre défauts et apprennent à vivre avec. Comment pourrais-je vivre avec autant de défauts, moi. Je suis un défaut toute entière. Les cheveux, la peau, les dents, le grain de beauté dans le dos, et le corps, ce corps tout entier, les bras, les hanches, les jambes, les fesses, les pieds, tout. Je suis fatiguée, vraiment fatiguée, de me battre pour être jolie. Parce que oui je le suis, mais je me bats pour ça, tous les jours, j'y passe des heures de déception et de larmes, que personne ne voit. J'ai toujours une main devant la bouche quand je souris parce que je ne supporte pas ce sourire, je fais toujours la même tête sur les photographies, je ne peux jamais porter de t-shirt qui montrerait mon grain de beauté immonde, je m'habille toujours en fonction de ce qui ne montrera pas trop à quel point je me vois grosse, je rentre le ventre à longueur de journée quand je sors, je me bats contre mes cheveux tous les jours et rien n'est jamais assez bien, ces cheveux ne sont pas humains c'est pas possible, j'ai même peur de faire l'amour à cause de ces cheveux car ma tête après sera catastrophique, je tartine ma peau de dizaines de produits agressifs pour ne pas revivre cette période d'acné sévère qui a causé ma première dépression et ça ne suffit jamais, rien ne suffit jamais, ça me fatiguera toujours autant, je ne serai décidément jamais en paix.
Personne ne peut comprendre à quel point tout cela tue à petit feu et à long terme. Je ne cherche plus la perfection, j'ai arrêté de la chercher; je cherche la tranquillité, et c'est impossible avec un physique pareil. Et tous ces défauts-là, ils viennent de ce connard de géniteur que je ne connais même pas, je ne peux reporter la faute sur personne, je ne peux haïr que l'image que j'ai de lui, et c'est encore pire. Et je suis vraiment, vraiment éreintée de tout ça, de me battre tous les jours, de combattre la maladie aussi, tout le monde croit que c'est réglé depuis la clinique, tout le monde croit que c'est fini; s'ils savaient à quel point ils se trompent, c'est encore là, ça ne finira jamais, ça sera toujours là, peu importe que certaines blessures soient enfin refermées, peu importe ce que la vie m'apportera de bon, ça ne sera jamais normal, et pourtant c'est tout ce que je demande.
Quel bruit cela fait-il de tout laisser tomber?

1 commentaire:

no a dit…

Je ne sais pas si je peux comprendre entièrement, mais je comprends un peu. Parce que tes mots font écho chez moi.
Ça ne sera jamais normal mais c'est là, et c'est toi.

<3