dimanche 25 août 2013

The Unspeakable


De la cruauté du langage, qui me laisse si peu de choix pour expliquer mes ressentis, qui me donne si peu d’outils. Je n’ai assez de mots, assez d’adjectifs, pour dessiner des émotions déjà perdues, que je fais revivre uniquement par le souvenir, sans en capter les merveilleuses nuances de l’instant. Tant de mots perdus dans des abysses que je ne peux repêcher, tant de photographies à faire qui sauraient, peut-être, décrire exactement mes sentiments à ton égard. Mais tout reste flou, tout reste irrémédiablement inexpliqué, ou incorrect, ou insuffisant. J’ai cherché dans les langages, j’ai cherché le mot qui aurait su te décrire, j’ai appris des langues qui ne me serviront pas, pour enfin trouver mon graal, ce qui collerait parfaitement à la réalité de mon émotion. L’indicible me dévore, je veux le sortir de mes poumons, je veux trouver enfin ce mot qui va tout qualifier, décrire ce que je suis devenue à t’aimer, dans toutes ses complexités ; et pourquoi je t’aime, et comment c’est arrivé, et la douleur qui me creuse la poitrine tous les soirs de ne pas être avec toi, décrire ça, toutes les facettes de ces ciels et de ces précipices, de ces querelles intérieures, de ces délices. Je ne sais plus comment faire pour t’expliquer à quel point tu as changé ma vie, et aucun acte ne saurait te le prouver. Je ne peux que noircir des pages de termes inexpliqués, d’adjectifs éparpillés et de verbes perdus, dramatique condition de l’écrivain qui ne sait comment cinématographier ses impressions.

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